Je la coinçai contre le mur pour qu'elle ne s'échappe pas. Elle passa une main sous mon T-shirt et moi dans ses cheveux puis elle enroula ses jambes autour de ma taille. Je n'avais plus la notion du temps, je me mis à déposer des baisers papillons dans son cou, sur ses joues, ses yeux, elle me mordilla la lèvre et nous nous remîmes à nous embrasser fougueusement lorsque j'entendis quelqu'un toussoter. Je me retournai.
- Mais qu'est-ce que vous faites? C'est ma meilleure amie, connard, lâche-là! hurla-Clara.
- C'est pas ce ...commença Julie.
- C'est pas ce que je crois? Tu plaisantes? Je meurs et mon frère n'arrête pas de rêver de toi! Il pense qu'à ça alors que je suis morte!
Soudain "Clara" se mit à grandir, grandir et grandir et je me sentis devenir tout petit. Elle disait que j'étais un traître ignoble et orgueilleux, qui ne pensait qu'à lui.
- Je vais te faire ce qu'il m'a fait, pour que tu te rendes compte, mon frangin, ajouta-elle.
Elle se mit à m'étrangler, je ne pouvais plus respirer, je commençais à voir trouble, puis elle sortit un couteau de je ne sais où et le brandis dangereusement dans ma direction... Je me sentis m'évanouir, je tombais, tombais...
- Et merde!
Je venais de me réveiller dans ma chambre, sur le plancher, en sueur. Cela faisait déjà quatre mois que je faisais des cauchemars de ce genre. Cela faisait quatre mois que je n'avais pas parlé à Julie. Cela faisait quatre mois que ma s½ur était morte. Cela faisait quatre mois que je me renfermais sur moi-même. Et je n'avais pas arrêté de rechercher le meurtrier de Clara mais en vain. Le frère de Charles ne m'avait pas beaucoup aidé, il m'avait juste paru désespéré et triste. Il devait être amoureux d'elle mais il ne m'en avait rien dit, je l'avais déduit. Comme je le présageais, Clara n'avait aucun ennemi, je devais me résoudre à croire à un assassinat qui n'avait pas vraiment de sens.
Les fêtes de fin d'année n'avaient pas été joyeuses. En tout cas pas pour moi, ni ma mère. Nous nous étions réconciliés, enfin si l'on peut dire que nous nous étions disputés, mais nous n'étions plus aussi proches qu'avant et même si elle essayait de cacher qu'elle n'allait pas bien, je le voyais. J'avais envoyé un cadeau à Julie deux semaines avant les vacances. Un collier avec un pendentif où son nom était inscrit. Je ne savais pas si elle le portait puisque nous nous évitions mutuellement, enfin plutôt elle, moi, j'espérais secrètement la voir, sans pour autant la chercher dans tout le lycée. Une fois seulement nous nous étions vus, dans un couloir, entre deux cours. Je l'avais regardé, elle aussi, puis elle avait détourné le regard en rougissant. Lucie ne me laissait plus tranquille depuis ce fameux jour au parc, elle était persuadée que je "l'aimais" encore. Maintes fois j'avais essayé de lui faire comprendre que non mais rien n'y faisait.
Rentrée de Janvier, huit heures trente du matin. Je ne voulais pas y aller. Mais j'étais obligé, à cause de ma promesse et de mon bac de français. Je n'avais aucun envie de m'en préoccuper mais pourtant il le fallait. J'arrivai devant les portes du lycée. Il n'y avait quasiment personne, j'étais en avance, une habitude que j'avais prise. Comme ça on ne me regardait pas, ou moins, avec un air de pitié que je détestais par dessus tout. J'allai en direction de ma salle de classe, en traînant un peu et en passant par des endroits où je ne passais pas d'habitude pour arriver pile à l'heure en cours.
Soudain j'aperçus Julie, adossée à un mur, elle était secouée par des sanglots incontrôlables. Je m'approchai doucement pour ne pas la brusquer, elle ne m'avait pas vu.
- Julie? fis-je.
Elle ne répondit pas. Je m'agenouillai devant elle et répétai-je que je venais de dire. Elle leva la tête.
- Martin... Qu'est-ce que tu fais là? demanda-t-elle.
- Là n'est pas la question. Qu'est-ce que toi tu fais, ici? Et pourquoi tu pleures?
- Je...
Elle n'arrivait pas à parler. Je la pris dans mes bras et elle me serra comme si elle avait peur que je parte et pleura de plus belle. Nous restâmes ainsi pendant plusieurs minutes jusqu'à ce que je décidai de rompre cette étreinte.
- Julie... Raconte-moi, s'il te plaît, vas-y, tu peux me dire.
- Il... Il m'a appelée, plein de fois...
- Qui "il"?
- Je sais pas! Et il me disait que j'allais finir comme Clara, que j'étais qu'une... qu'une salope parmi tant d'autres et là tout de suite, je viens de recevoir un sms de lui.
- Il dit quoi?
- Tiens.
Elle me passa son portable et je regardai dans sa messagerie, pour le premier message de la liste, il y avait écrit:
"Inconnu: Lé apels ton plu? tkt pas yen aura dautres et biento plu... tu voi ce ke je ve dir?"
Je restai sans vois pendant un instant, je fixais l'écran sans bouger. Puis:
- T'as prévenu la police?
- Oui, ils m'ont dit que c'était sûrement une blague de rien du tout mais que si ça recommençait il fallait que je revienne les voir.
- C'était quand?
- Il y a trois mois, répondit-elle.
- Pourquoi t'es pas retourné?
Pendant que nous parlions, nous nous étions relevés et maintenant elle n'osait plus me regarder dans les yeux.
-Je sais pas, j'avais pas envie et puis je voulais pas inquiéter mes parents.
- Bon. Tu sors à quelle heure ce soir?
- Cinq heures.
- Moi quatre heures et demi. Je t'attendrai et on ira ensemble au commissariat, d'accord?
Elle acquiesça. La cloche retentit.
- T'étais où en cours?
- Là tout de suite? En physique mais j'ai reçu le message alors j'ai demandé à aller au toilettes sinon j'allais me mettre à pleurer devant tout le monde.
- Ok, je comprends. Moi, faut que j'y aille, je vais être en retard. On se retrouve ce soir, t'oublies pas?
- Non. Promis.
J'allai partir quand elle me retint par le bras et se mit sur la pointe des pieds pour m'embrasser. Ses lèvres sur les miennes me firent l'effet d'une décharge électrique qui se propageait dans tout mon corps. Puis elle se recula, me sourit timidement et partit.
Je restai encore immobile jusqu'à ce que je me rappelle que j'avais cours. Toute la journée se passa sans aucun événement particulier. Je commençais à me sentir un peu mieux, je parlais de nouveau avec Vincent, Paul, Charles et mes autres amis mais je ne pouvais m'empêcher d'être inquiet pour Julie. A la fin des cours j'allai m'acheter un croissant à la boulangerie la plus proche puis je m'installai devant le lycée.
Cinq heures et quart. Elle n'était toujours pas sortie alors que sa classe si. Je m'approchai d'un groupe de filles qui étaient dans la classe de Julie, je le savais car je les avais déjà vues ensemble, et leur demandai si elles ne savaient pas où elle pouvait être. Elles me répondirent qu'elle n'était pas allée en cours de l'après midi. Je ne comprenais pas. Avait-elle eu un problème avec sa famille? Etait-elle malade? Ou avait-elle trop peur de sortir à cause du message sur son portable? Peut-être. Mais pourtant elle m'aurait prévenu. Je me dirigeai chez elle, arrivé à sa porte je sonnai. Sa mère vint m'ouvrir.
- Bonjour madame, je suis Martin, le frère de Clar..., commençai-je mais elle me coupa:
- Je sais qui tu es, Julie m'a beaucoup parlé de toi. Vous ne deviez pas aller en ville après ses cours? Elle m'a envoyée un message à midi pour me prévenir.
- Hum... Si, si. Mais elle est pas venue au rendez-vous. Vous êtes sûre qu'elle n'est pas chez vous?
- Absolument certaine, je suis restée tout le temps à la maison, j'ai pris une journée de congé pour faire du repassage et nettoyer. Tu ne crois pas qu'elle soit encore dans le lycée?
- Ses copines m'ont dit qu'elle était pas venue en cours de l'après midi.
Elle commençait à s'affoler. Elle me jetait des regards effrayés au fur et à mesure que je lui expliquais pour les lettres que Julie avait recues. Cette dernière n'aurait sûrement pas voulu que j'en parle à sa mère mais tant pis. C'était fait.
- Il faut que je retrouve ces lettres, tu veux bien m'aider Martin? Après j'appelle mon mari et je vais au commissariat.
J'acquiesçai. Nous cherchâmes pendant une dizaine de minutes pour enfin trouver ce que nous cherchions sous le lit de Julie, entre deux cartons. Il y avait quatre enveloppes.
Chacune disait à peu près la même chose: "TU N'ES QU'UNE SALOPE PARMI TANT D'AUTRES, TU FINIRAS COMME ELLE, UN JOUR. J'ATTENDS ENCORE UN PEU. J'ADORE TE FAIRE LANGUIR."
- Je les apporte à la police, mon mari me rejoint là-bas, annonça la mère de Julie en tremblant.
- Je viens avec vous.
- Hors de question. Tu n'es pas de la famille, peut-être que tu l'apprécies mais tu ne peux pas venir.
- Mais...
Elle me regarda étrangement, comme si elle me suppliait et je finis pas accepter. En sortant, je ne savais pas quoi faire. Je m'assis sur un banc pour réfléchir. La police ne ferait sûrement rien avant demain et cela m'énervait au plus haut point. Soudain j'eus une idée, je n'avais qu'à retourner au lycée, demander aux gens qui l'a connaissait ce qu'elle avait fait à midi, après avoir envoyé le message à sa mère. Je regardai ma montre, il était dix huit heures. Aucune chance de rencontrer quelqu'un. Mais j'y allai quand même, espérant quelque chose qui résoudrait tout.
En arrivant il n'y avait pratiquement personne. Je rentrai et me dirigeai vers le gymnase où il y avait à côté la salle des internes. Peut-être qu'il y en avait qui était dans sa classe. Ils étaient tous entrain de jouer au babyfoot ou de faire leurs devoirs. Je m'approchai d'une table.
- Excusez-moi, je suis à la recherche d'une copine, je sais pas si vous l'a connaissez, Julie Martel?
- C'était pas la meilleure amie de Clara? La fille qui s'est fait ass... Merde! T'es Martin, son frère c'est ça?
- Oui.
- Désolée, je suis un peu conne des fois. On l'a connait juste de vue, pourquoi, elle a disparu?
- Oui, c'est pourquoi je suis à sa recherche, répondis-je ironiquement, légèrement exaspéré.
- Moi je l'a connais, on était dans la même classe l'année dernière, fit un garçon, assis en face de la fille.
- Et tu l'as vu aujourd'hui?
- Ouais, je crois, au self.
- Et elle était comment?
- Sexy et coincée, comme d'hab', répondit-il en plaisantant.
- Deconnes-pas. Elle avait l'air inquiet ou normal? Je sais pas moi...
- Ben comme d'hab' je te dis. Enfin attends...
- Quoi?
- Elle mangeait avec un gars, je peux pas te dire qui, je le connais pas, et puis il s'engeulait, je sais pas pourquoi, elle a crié, il avait l'air hyper gêné, normal, je le comprends, il se fait crié dessus par une meuf, il y a de quoi avoir la hon...
- La suite?
- Ben après ils sont partis ensemble et puis voilà.
- C'est tout?
- Ouais.
- Ok.
Puis je partis, après les avoir remerciés froidement. Dans la cour, il commençait à faire nuit, il n'y avait aucun bruit. Soudain, j'entendis comme des coups que l'on frappait contre une porte. Cela venait de derrière le gymnase. J'avançai prudemment et vit une remise, je ne savais pas qu'il y en avait une, le bruit venait de là.
- Ho, ho, il y a quelqu'un?
- Martin? répondit une voix étouffée.
Tout de suite, je reconnus cette voix:
- Julie?
- Sors-moi de là, je t'en prie! Je n'y vois rien!
La porte était fermée à clé.
- Eloigne-toi de la porte, je vais essayer un truc, je sais pas si ça va marcher.
Et je fis comme dans les films, ne sachant pas si cela allait marcher. Je me projetai, épaule en avant, contre la porte. Elle trembla. Une douleur lancinante au niveau de mon bras m'arracha un cri.
- Martin?
- Attends, je recommence.
Cette fois-ci, elle s'ouvrit, laissant place à Julie, pâle et en pleurs.
- Oh putain! Qu'est-ce que c'est passé? m'exclamai-je.
- Je sais pas!
- Quoi?
- Je... Je me souviens être allée au self et...
Elle s'évanouit.